Le Havre, Seine-Maritime

À Dollemard, Le Havre et le groupement Tersen -Colas s’attaquent à 300 000 m³ de déchets au pied d’une falaise

Au Havre, des tonnes de déchets menacent le littoral. Avec l’appui d’un groupement d’entreprises autour de Tersen et Colas, la Ville a décidé de les extraire.

À Dollemard, Le Havre et le groupement Tersen -Colas s’attaquent à 300 000 m³ de déchets au pied d’une falaise - photo @ Philippe Bréard

À Dollemard, Le Havre et le groupement Tersen -Colas s’attaquent à 300 000 m³ de déchets au pied d’une falaise - photo @ Philippe Bréard

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Aux anciennes décharges de Dollemard, au Havre (Seine-Maritime), des tonnes de déchets menacent le littoral. Avec l’appui d’un groupement d’entreprises autour de Tersen et Colas, la Ville a décidé de les extraire de la falaise et ambitionne un taux de valorisation des déchets de 99 %.

Les points clés

À retenir
  • Depuis avril 2026, Le Havre extrait 300 000 m³ de déchets des falaises de Dollemard.
  • Le chantier de quatre ans mobilise Tersen et Colas avec des moyens techniques adaptés à la falaise.
  • Les travaux doivent composer avec Natura 2000, la météo et des risques d’explosifs.
  • L’objectif est de valoriser 99 % des déchets, notamment grâce au recyclage sur site.

Pendant quarante ans, des camions ont déversé leurs déchets du haut des falaises de Dollemard. Aujourd’hui, d’autres engins font le chemin inverse pour les retirer. Au Havre, la décharge de Dollemard, fermée en 2000, laisse encore quelque 300 000 m³ de déchets exposés à l’érosion et aux marées. Depuis avril 2026, la Ville et le Groupement ont engagé leur extraction, avec un recyclage des déchets du BTP qui doit atteindre 99 % des matériaux retirés. Le chantier doit durer quatre ans.

Une décharge rattrapée par la mer

L’histoire commence dans les années 1960. Pendant près de quatre décennies, des camions viennent jusqu’au rebord des falaises calcaires de Dollemard et basculent leur chargement en contrebas. Béton, acier et autres déblais du BTP s’accumulent d’abord, rejoints ensuite par des déchets industriels et ménagers. La décharge ferme en 2000. Mais l’érosion attaque progressivement les amas. Des déchets réapparaissent sur le littoral havrais, jusque sur la plage. Antonin Gimard, adjoint au maire du Havre chargé de la transition écologique, se souvient notamment de joints en caoutchouc destinés aux portières de voitures retrouvés sur le rivage.

Le problème dépasse la seule présence de déchets visibles. Plastiques et autres débris de déchets rejoignent le milieu marin. Les habitants du quartier de Dollemard voient aussi leur lieu de vie durablement associé à cette pollution. « Pour les habitants du quartier de Dollemard, associer le nom de leur lieu d’habitation à une source de pollution était un vrai crève-cœur », explique Antonin Gimard. Pour la municipalité, il faut donc traiter une source de déchets qui se déverse progressivement dans la Manche et rendre au quartier des espaces naturels aujourd’hui dégradés.

Quinze ans pour trouver comment nettoyer la falaise

Les premières études techniques remontent à 2011. La Ville organise un chantier test en 2021, puis le site intègre en 2022 le plan national de résorption des décharges du littoral. Un dialogue compétitif avec les entreprises suit en 2024. Cette préparation sert à résoudre une question très concrète : comment travailler au pied d’une falaise presque inaccessible par la route et remonter des centaines de milliers de mètres cubes de matériaux ? Parmi les solutions envisagées figure même l’hélicoptère, écarté notamment en raison de son coût carbone. Le dispositif finalement retenu associe un échafaudage, une grue et des plateformes de tri installées en haut et en bas de la falaise. « Lorsque l’on met tout le monde autour de la table, on arrive à construire des solutions bien plus opérationnelles et plus efficaces, et à éviter les problèmes que l’on aurait rencontrés si l’on avait avancé à l’aveuglette », explique Antonin Gimard.

Cette phase préparatoire éclaire la coopération entre la collectivité et l’entreprise. Le Havre connaît le site, porte le projet dans la durée et mobilise ses services. Tersen apporte l’expérience des grands chantiers, de la dépollution et du traitement des matériaux. « La collectivité ne peut pas tout porter parce qu’on a n’a pas forcément les connaissances techniques de spécialistes dont on avait besoin sur ce chantier », explique Antonin Gimard. « Nous ne sommes pas arrivés avec une réponse toute faite à un cahier des charges. Nous avons construit la solution avec la Ville, en apportant nos compétences sur chacun des sujets techniques », explique Pierre Laguérie, et directeur des travaux chez Tersen, mandataire du groupement.

Au pied de la falaise, un chantier hors-norme

Sur place, les dimensions donnent la mesure du problème. La falaise atteint 100 mètres. L’échafaudage en mesure 70. En contrebas, trois pelles à chenilles et trois camions récupèrent les matériaux et les conduisent jusqu’à une première plateforme de tri. Certains déchets sont séparés mécaniquement, d’autres à la main par des compagnons. Les terres les plus polluées remontent ensuite par la grue. Depuis le démarrage de l’extraction en avril 2026, environ 10 % des 300 000 m³ prévus ont déjà été traités, avec des journées comprises entre 200 et 300 tonnes.

Comme si la falaise ne suffisait pas, le chantier doit composer avec Natura 2000, la météo et les vestiges explosifs de la Seconde Guerre mondiale. : une bombe a été découverte lors des diagnostics et une munition lors du chantier test. Un pyrotechnicien accompagne donc en permanence les travaux de terrassement. « Je n’ai jamais eu un chantier mettant à contribution autant de compétences : génie écologique, géotechnie, travaux en hauteur, pyrotechnie, pollution, communication avec les élus, c’est très complet, très vaste. On voit des choses qu’on ne voit pas habituellement », raconte Pierre Laguérie.

Le recyclage des déchets du BTP directement sur le chantier

Extraire les déchets ne représente qu’une partie du travail. Les équipes séparent les gravats, la ferraille, le bois, les textiles, les plastiques et les terres. Les gros matériaux minéraux sont réutilisés au confortement des talus. Les autres fractions rejoignent les filières adaptées. En 2027, une usine de lavage doit être installée dans l’enceinte même du chantier afin de traiter les terres polluées et de récupérer notamment sable et gravillons. Le Groupement vise ainsi 99 % de valorisation des matériaux extraits. « Ce que nous extrayons est orienté vers différentes filières pour être réutilisé. Métaux, bois, pneus, plastiques, matériaux minéraux : notre travail consiste à transformer au maximum ces déchets en ressources », explique Pierre Laguérie.

Le site de Dollemard livre surtout une méthode aux territoires confrontés à d’anciennes décharges ou à des sites pollués difficiles d’accès. Le Havre a consacré plusieurs années aux études, organisé un chantier test avant les travaux et utilisé le dialogue compétitif pour confronter les solutions proposées par les entreprises. Le retour d’expérience de Tersen et Colas invite à ne pas plaquer une recette identique partout : la géologie, les déchets, les accès et les risques imposent d’adapter les moyens au terrain.

Une vingtaine de professionnels travaillent désormais à plein temps sur la falaise. Avant, à chaque grande marée, on pouvait voir la houle venir frapper les déchets qu’ils sont chargés de retirer. « Malgré les difficultés du quotidien, nous avons tous cette volonté de pouvoir améliorer les choses. Aujourd’hui, on a l’impression d’œuvrer pour l’avenir et, on en est tous fiers », raconte Pierre Laguérie.  Les derniers déchets ne quitteront pas Dollemard avant plusieurs années. Mais la méthode, elle, peut déjà servir ailleurs.

À Dollemard, Le Havre et le groupement Tersen -Colas s’attaquent à 300 000 m³ de déchets au pied d’une falaise - photo @ Philippe Bréard
À Dollemard, Le Havre et le groupement Tersen -Colas s’attaquent à 300 000 m³ de déchets au pied d’une falaise – photo @ Philippe Bréard
À Dollemard, Le Havre et le groupement Tersen -Colas s’attaquent à 300 000 m³ de déchets au pied d’une falaise - photo @ Philippe Bréard
À Dollemard, Le Havre et le groupement Tersen -Colas s’attaquent à 300 000 m³ de déchets au pied d’une falaise – photo @ Philippe Bréard
À Dollemard, Le Havre et le groupement Tersen -Colas s’attaquent à 300 000 m³ de déchets au pied d’une falaise - photo @ Philippe Bréard
À Dollemard, Le Havre et le groupement Tersen -Colas s’attaquent à 300 000 m³ de déchets au pied d’une falaise – photo @ Philippe Bréard
À Dollemard, Le Havre et le groupement Tersen -Colas s’attaquent à 300 000 m³ de déchets au pied d’une falaise - photo @ Philippe Bréard
À Dollemard, Le Havre et le groupement Tersen -Colas s’attaquent à 300 000 m³ de déchets au pied d’une falaise – photo @ Philippe Bréard
À Dollemard, Le Havre et le groupement Tersen -Colas s’attaquent à 300 000 m³ de déchets au pied d’une falaise - photo @ Philippe Bréard
À Dollemard, Le Havre et le groupement Tersen -Colas s’attaquent à 300 000 m³ de déchets au pied d’une falaise – photo @ Philippe Bréard
À Dollemard, Le Havre et le groupement Tersen -Colas s’attaquent à 300 000 m³ de déchets au pied d’une falaise - photo @ Philippe Bréard
À Dollemard, Le Havre et le groupement Tersen -Colas s’attaquent à 300 000 m³ de déchets au pied d’une falaise – photo @ Philippe Bréard