Grenoble, Isère

À Grenoble, grâce à M Covoit’ Lignes+, ils ne roulent plus jamais seuls

Ils allaient déjà dans la même direction. Désormais, ils partagent aussi la même voiture. Dans la région grenobloise (Isère), le covoiturage quotidien est devenu un réflexe pour des milliers d'habitants. Une habitude qui allège le coût des trajets et rapproche des personnes qui, hier encore, roulaient seules.

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Les points clés

À retenir
  • Dans la région grenobloise, M covoit’ Lignes+ transforme le covoiturage en transport collectif grâce à des arrêts dédiés, une application et une prise en charge garantie en moins de dix minutes dans 99 % des cas.
  • Lancé en 2020 par le SMMAG avec Ecov, le réseau compte aujourd’hui 18 lignes, 36 arrêts et entre 1 000 et 1 200 utilisateurs par mois, dont plus de 600 plusieurs fois par semaine.
  • Le service réduit les dépenses de transport, avec jusqu’à 2 000 euros économisés par an pour certains conducteurs, tout en facilitant l’accès à l’emploi, aux soins et à la vie sociale.
  • Soutenu par BNP Paribas, Ecov a doublé le nombre de lignes exploitées en France et quadruplé le nombre de passagers transportés en trois ans, tandis que plus de 50 collectivités sont déjà venues étudier le modèle.

Ils allaient déjà dans la même direction. Désormais, ils partagent aussi la même voiture. Dans la région grenobloise (Isère), le covoiturage quotidien est devenu un réflexe pour des milliers d’habitants. Une habitude qui allège le coût des trajets et rapproche des personnes qui, hier encore, roulaient seules.

Il est un peu plus de 8 heures, quelque part entre le Vercors et Grenoble. Une voiture ralentit devant un arrêt signalé par un abri et un panneau lumineux. Le conducteur ouvre sa portière. Quelques secondes plus tard, un passager monte à bord. Tous deux se rendent au travail. Ils ne se connaissaient pas il y a quelques semaines. Demain, ils referont probablement le même trajet, potentiellement ensemble.

Un conducteur en moins de dix minutes

Cette scène se répète chaque matin sur les lignes de M covoit’ Lignes+, le réseau de covoiturage express déployé par le Syndicat mixte des mobilités de l’aire grenobloise (SMMAG) sur l’ensemble de l’agglomération grenobloise et des territoires voisins, en partenariat avec l’entreprise Ecov, spécialiste des lignes de covoiturage sans réservation, qui exploite le service. Ici, le covoiturage fonctionne comme un véritable transport collectif avec des arrêts dédiés, une application, une garantie de départ, et une assistance usagers. Le principe est simple : les conducteurs indiquent leur trajet et leurs places disponibles dans l’application. Les passagers se rendent à un arrêt et signalent leur demande d’être véhiculés d’un arrêt à un autre arrêt : l’application les met automatiquement en relation avec le premier conducteur passant dans leur direction et passant à proximité de l’arrêt de destination. Dans 99 % des cas, un conducteur s’arrête avec un siège libre pour l’arrêt de destination visé en moins de dix minutes.

En 2023, BNP Paribas a choisi d’investir dans l’entreprise pour accélérer son développement. « Ce qui nous a convaincus, c’est la capacité de combler un besoin essentiel en mobilité durable à travers une solution innovante et concrète, permettant aux collectivités aux ressources limitées d’offrir à leurs habitants des alternatives de transport accessibles, sans attendre des investissements lourds. Et Ecov apportait une réponse agile, responsable et pertinente à ce besoin. », explique Mathieu Lévêque, responsable de projets. En trois ans, le nombre de lignes opérées a doublé et le nombre de passagers transportés a été multiplié par quatre, tandis que l’application a continué de s’enrichir de nouvelles fonctionnalités. « On est arrivé dans une phase d’accélération », résume-t-il.

Une idée qui fait son chemin

L’idée est née d’un constat simple. Chaque jour, des milliers de voitures rejoignent Grenoble avec une seule personne à bord, alors même que leurs conducteurs empruntent exactement les mêmes routes. C’est ce qu’on appelle “l’autosolisme”. Plutôt que de construire de nouvelles infrastructures, la métropole et les agglomérations voisines ont choisi d’utiliser celles qui existaient déjà : les sièges vides des voitures en circulation. « C’est un service qui a de nombreux avantages sur le plan économique et environnemental. Mais c’est aussi un service qui ne coûte quasiment rien en termes d’infrastructures et d’aménagements », souligne Sylvain Laval, président du SMMAG.

Le pari pouvait sembler ambitieux. Convaincre des automobilistes de modifier une habitude bien ancrée demande du temps. Pourtant, six ans après son lancement, le service rassemble entre 1 000 et 1 200 utilisateurs chaque mois, dont plus de 600 l’utilisent plusieurs fois par semaine.

Bien plus qu’une question d’argent

Pour les conducteurs, le premier avantage est concret : partager sa voiture un jour sur deux sur un trajet de 30 kilomètres permet d’économiser près de 2 000 euros par an. Mais lorsque les utilisateurs racontent leur expérience, ils parlent rarement de leur portefeuille en premier.

« J’utilise ma voiture quatre jours par semaine pour aller travailler. Ça me contrariait depuis longtemps de faire ces trajets toute seule », raconte Hélène. Depuis qu’elle s’est inscrite, partager sa voiture est devenu « un réflexe ».

Pour Gaëlle, le bénéfice est ailleurs. Arrivée récemment dans son village, elle cherchait aussi à s’y intégrer. « J’ai rencontré des collègues et des voisins. Ça m’a ouvert à la communauté sur place et dans les environs. » Quelques kilomètres de route ont suffi à créer des liens qu’elle n’aurait sans doute jamais noués autrement.

D’autres Isérois racontent un impact plus vital encore. Une utilisatrice explique avoir évité une démission, faute de solution de transport, grâce à la découverte de ce service. Une autre raconte que le covoiturage lui a permis de continuer à se déplacer lorsque son mari ne pouvait plus conduire.

Un service adopté par tous les profils

Le véritable défi n’est pas technique. Développer une application ou installer des arrêts est finalement la partie la plus simple. Le plus difficile consiste à faire évoluer les comportements.

Les responsables du projet l’ont rapidement compris : on ne transforme pas du jour au lendemain un automobiliste solitaire en covoitureur régulier. Beaucoup commencent par proposer une place dans leur voiture avant d’accepter, à leur tour, de monter dans celle d’un inconnu. C’est cette confiance, construite progressivement, qui explique la montée en puissance du dispositif.

Aujourd’hui, le service ne transporte pas uniquement des salariés. Étudiants, personnes se rendant à un rendez-vous médical ou habitants effectuant leurs courses empruntent eux aussi ces lignes d’un nouveau genre. Le covoiturage devient un maillon supplémentaire des mobilités du quotidien.

L’accès à la vie sociale

Lancé en 2020, M Covoit’ Lignes+ s’est progressivement étendu pour compter aujourd’hui 18 lignes et 36 arrêts. Le premier trimestre 2026 a franchi le cap des 10 000 passagers transportés, tandis que plus de 50 collectivités sont venues observer le dispositif pour s’en inspirer.

Lorsque BNP Paribas est entré au capital d’Ecov, ce n’est pas seulement une innovation de mobilité que le groupe bancaire a souhaité accompagner. « L’accès à la mobilité permet l’accès à l’emploi, mais aussi à la vie sociale », résume Mathieu Lévêque.