Saint-Dizier, Haute-Marne

À Saint-Dizier, deux fois plus de chances de trouver un emploi avec Avenir Industries 

À Saint-Dizier, des industriels ont choisi de former ensemble leurs alternants plutôt que de se disputer les mêmes profils.

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Les points clés

À retenir
  • À Saint-Dizier, quinze entreprises industrielles se sont associées pour proposer une alternance partagée entre deux employeurs, afin de former ensemble les compétences dont le territoire a besoin.
  • Lancé en 2024 avec le soutien de l’agglomération, de France Travail et des organismes de formation, le programme Avenir Industries a déjà accompagné quinze participants dans douze entreprises.
  • Neuf alternants ont poursuivi une spécialisation ou intégré durablement une entreprise locale, tandis que le dispositif a renforcé la coopération entre les services des ressources humaines du territoire.
  • Cette approche attire des profils variés, améliore l’image de l’industrie et commence à inspirer d’autres territoires, notamment dans la Meuse et autour de Bar-le-Duc.

À Saint-Dizier (Haute-Marne), des industriels ont choisi de former ensemble leurs alternants plutôt que de se disputer les mêmes profils. Deux promotions plus tard, les recrutements progressent et les apprentis multiplient leurs perspectives d’emploi.  

« La meilleure vitrine de Saint-Dizier, c’est Paris », lance Quentin Brière. Le maire accueille la première délégation des Projets Inspirants pour la France qui descend du train en provenance de la capitale. Il faut dire que les célèbres édicules de métro d’Hector Guimard ont été coulés au Val d’Osne, à quelques kilomètres d’ici. Un héritage qui façonne encore l’identité industrielle de cette ville de Haute-Marne. Mais pour préserver ce savoir-faire, les entreprises doivent relever un autre défi : attirer et fidéliser de nouveaux salariés, elles qui peinent à recruter, faute de main-d’œuvre qualifiée. Pour y parvenir, elles ont décidé de s’associer. 

La double alternance comme passerelle vers l’emploi 

L’idée naît d’un constat partagé. Miko, marque française de crèmes glacées fondée à Saint-Dizier en 1921 et Yanmar, société spécialisée dans l’assemblage de mini-pelles, envisagent chacune de créer leur propre école d’entreprise pour répondre à leurs difficultés de recrutement. En échangeant, leurs dirigeants choisissent de construire un parcours commun où chaque alternant partagerait son année entre deux entreprises : deux entreprises accueillantes, c’est deux fois plus de chances de trouver la voie qui vous convient, et deux fois moins de risques de se retrouver sans emploi. L’initiative rallie rapidement d’autres industriels, tels qu’Edilians et Actemium du groupe VINCI. Dix-huit mois plus tard, Avenir Industries voit le jour. Pour transformer l’idée en réalité, les entreprises n’ont pas avancé seules. L’Agglomération du Grand Saint-Dizier, Der & Vallées a réuni les industriels autour d’une même table et assuré la coordination du projet. France Travail accompagne le recrutement des candidats, tandis que les organismes de formation construisent des parcours adaptés aux besoins des entreprises. 

Quentin Brière
« Avant, chacun recrutait dans son coin. Aujourd'hui, les entreprises se parlent et cherchent ensemble des solutions pour garder les compétences sur le territoire »
Quentin Brière, Maire de Saint-Dizier

Les alternants découvrent ainsi deux organisations, développent leurs compétences et affinent leur projet professionnel avant de choisir l’environnement qui leur correspond le mieux. Les premiers résultats donnent raison aux quinze entreprises engagées dans l’expérimentation. Depuis son lancement en 2024, le programme a accompagné quinze participants répartis dans douze structures. Neuf d’entre eux ont déjà poursuivi une spécialisation ou intégré durablement une entreprise du territoire. 

Des parcours transformés 

« On a arrêté de raisonner entreprise par entreprise pour réfléchir à l’échelle du territoire », résume Baptiste Bouan, président des Fonderies de Saint-Dizier, dont les pièces de voirie équipent notamment le circuit de Formule 1. En réunissant les responsables des ressources humaines de quinze entreprises, Avenir Industries a créé un réseau qui dépasse le seul cadre de la formation. Les DRH échangent désormais plus facilement, se recommandent des candidats et s’entraident lorsque l’une des usines connaît un ralentissement d’activité. « Avant, chacun recrutait dans son coin. Aujourd’hui, les entreprises se parlent et cherchent ensemble des solutions pour garder les compétences sur le territoire », résume Quentin Brière. 

À Saint-Dizier, un alternant, deux entreprises (vous avez bien lu… et ça change tout)

Les alternants sont les premiers à mesurer les effets de cette approche. Après plusieurs années de précarité et de missions d’intérim, Jason Flammarion, 32 ans, a signé un CDI intérimaire et obtenu son permis de conduire. « J’en avais marre d’être au RSA, de faire des petits boulots à droite à gauche », raconte-t-il. Il envisage désormais d’investir dans un logement plus grand. 

Ancienne militaire réformée après une blessure au genou, Lana Eveillard, 22 ans, découvre quant à elle l’industrie à l’occasion de sa reconversion. « Quand on pense à l’industrie, on s’attend à quelque chose de très physique, qui use le corps. Depuis que je suis chez Ferry Capitain, mon regard a radicalement changé. Ça casse les codes. » 

Dépoussiérer l’image de l’usine 

Quelques kilomètres plus loin, chez Miko, les lignes de production tournent à plein régime. À la tête de cette usine centenaire, Yohann Caillot voit arriver des profils que l’entreprise recrutait rarement auparavant : des candidats de plus de 30 ans, en reconversion professionnelle ou de retour à l’emploi. 

Crédit : ©Baptiste Langinier
Crédit : ©Baptiste Langinier
Crédit : ©Baptiste Langinier
Crédit : ©Baptiste Langinier

Pour le dirigeant, découvrir deux environnements en un an évite de condamner toute une vocation à cause d’une première expérience décevante. Ici, cette approche a déjà débouché sur deux recrutements pérennes : un signal fort dans un bassin d’emploi où près de 30 % de la population ne possède aucun diplôme. À ses yeux, l’enjeu dépasse la seule formation, il s’agit aussi de réconcilier les Français avec leur industrie. « Entre les années 1980 et 2010, l’industrie a un peu fermé ses portes, devenant invisible pour le monde extérieur », regrette Yohann Caillot. « Résultat, beaucoup de citoyens l’imaginent encore telle qu’on la lit chez Zola : de grandes cheminées, de la suie partout et des ouvriers qui sortent noirs de charbon. Ce n’est plus du tout la réalité d’aujourd’hui. » 

Le succès d’Avenir Industries commence à dépasser les frontières de la Haute-Marne. Présentée récemment à Daimler, dans la Meuse, l’initiative attire déjà l’attention d’autres territoires. « Nous sommes convaincus que cette idée peut conquérir la France. C’est un dispositif duplicable, et nos voisins de Bar-le-Duc s’y intéressent déjà », assure Quentin Brière. Avant de conclure : « Saint-Dizier prend le chemin d’un vrai renouveau industriel : c’est une grande fierté. »