Saint-Chély-d’Apcher, Lozère

À Saint-Chély-d’Apcher, l’acier soude ArcelorMittal et la commune

À Saint-Chély-d’Apcher, l'avenir de l’usine et celui du territoire s’écrivent ensemble. Un partenariat  forgé dans la durée. 

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Les points clés

À retenir
  • ArcelorMittal a réduit de plus de 60 % sa consommation d’eau en près de vingt ans, tout en ayant presque doublé sa production d’acier.
  • Plus de 6 200 m³ d’eau de pluie peuvent désormais être stockés sur le site et mobilisés lorsque la ressource en eau se raréfie.
  • La chaleur récupérée dans l’usine permet aujourd’hui de chauffer une soixantaine de bâtiments de la commune, dont des écoles, des logements et la piscine.
  • Le recours au rail pour acheminer les bobines d’acier jusqu’au site permet d’éviter environ 10 000 camions chaque année.

« Ton père n’était pas comme ça. » Bernard Légier, directeur du site ArcelorMittal de Saint-Chély-d’Apcher, aime taquiner ainsi les jeunes salariés dont il a connu les parents. Dans les ateliers, certaines familles en sont à leur troisième génération. L’usine, elle, est là depuis 1917. Perchée à près de 1 000 mètres d’altitude, elle emploie aujourd’hui quelque 220 salariés, auxquels s’ajoutent une cinquantaine de sous-traitants permanents. Sa spécialité : des aciers électriques très fins, notamment destinés aux moteurs des véhicules à batteries. Une industrie de pointe solidement enracinée dans ce coin de Lozère où son histoire se mêle depuis plus d’un siècle à celle de la ville.  

L’été où l’eau a manqué 

En 2022, cet équilibre vacille. La sécheresse frappe la Lozère et, pendant dix jours, les lignes de production s’arrêtent. L’eau est en effet indispensable pour rincer les bandes d’acier et refroidir les installations. Elle l’est tout autant pour les habitants. Pour Bernard Légier, la situation devient vite intenable : « Quand vous avez des clients automobiles derrière vous, c’est difficile à leur expliquer qu’on n’arrive pas à les livrer parce qu’il n’y a plus d’eau. » 

L’épisode rappelle brutalement combien les destins de l’usine et de la ville sont liés. ArcelorMittal accélère alors la baisse de sa consommation d’eau, engagée dès 2007. Fuites supprimées, eau recyclée, procédés revus : le site change progressivement ses pratiques. Plus de 6 200 m³ d’eau de pluie peuvent désormais être stockés, puis utilisés lorsque la ressource se raréfie. Résultat : en près de vingt ans, l’usine a réduit sa consommation d’eau de plus de 60 %, alors même que la quantité d’aciers produite a presque doublé.  

Saint-Chély-d’Apcher connaît aujourd’hui un nouvel épisode de tension sur l’eau. Les réserves de l’usine sont sollicitées, mais elles ne sont pas infinies. « On serait à l’arrêt sans ces investissements. On va devoir aller plus loin », prévient Philippe Chapus, directeur du projet électromobilité du site. Sans retour de la pluie, l’usine pourrait de nouveau se retrouver en difficulté.  

Le partenariat sur l’eau ne s’arrête pas aux portes de l’usine. La commune travaille elle aussi à sécuriser la ressource. Elle prépare actuellement une interconnexion de son réseau avec celui de la commune toute proche du Malzieu et réétudie un ancien forage situé à proximité d’ArcelorMittal. Si son débit se confirme, cette eau brute pourrait alimenter certains procédés industriels sans solliciter le réseau d’eau potable. « On travaille totalement en partenariat », explique Christophe Gache, maire de Saint-Chély-d’Apcher. « On est vraiment main dans la main avec ArcelorMittal sur différents sujets. » 

Des fours de l’usine aux radiateurs de la ville 

Cette alliance se retrouve aussi dans le réseau de chaleur. Dans les ateliers, les bandes d’acier sont chauffées à plus de 1 000 °C. Lorsqu’elles refroidissent, une partie de cette chaleur est récupérée puis injectée dans le réseau de la ville. Une soixantaine de bâtiments en profitent aujourd’hui : des écoles, des logements, mais aussi la piscine.  

Au lycée polyvalent Théophile-Roussel, le bénéfice se lit sur la facture. En 2026, l’établissement a dépensé 145 000 euros pour se chauffer, abonnement compris. Hélène Lasternas, sa proviseure, estime qu’avec du fioul la facture aurait atteint 671 000 euros. Soit près de 500 000 euros d’écart. Et les liens avec l’usine vont plus loin : les élèves utilisent certains équipements techniques d’ArcelorMittal, tandis que l’entreprise accède, en retour, à ceux du lycée. Hélène Lasternas aimerait même relancer cette année une expérience déjà menée : déplacer les cours directement dans l’usine pendant une semaine. 

Quand les élèves poussent les portes de l’usine 

Au lycée agricole de la Lozère, la rencontre avec le monde industriel n’allait pas de soi. « Quand on a été sollicité, on s’est demandé ce qu’on allait faire », raconte Sébastien Dambrun, enseignant en biologie. Les étudiants ont finalement troqué la salle de classe contre les terrains du site pour y inventorier la faune et la flore. « C’est déboussolant au début pour les étudiants d’être sur un site industriel. » Ils y ont notamment observé le retour des loutres et des genettes et proposent désormais des pistes pour préserver cette biodiversité. Pour Christophe Gache, ces passerelles comptent dans une commune où ArcelorMittal reste « le poids lourd du territoire ».  

D’autres acteurs locaux franchissent régulièrement les grilles. L’ESAT de Saint-Flour travaille avec l’usine depuis trente-six ans. Ses équipes entretiennent les espaces extérieurs, sans produits phytosanitaires depuis dix-huit ans, et signalent les espèces remarquables qu’elles rencontrent, des orchidées aux oiseaux nicheurs. Fabien Allinc, animateur HSE chez ArcelorMittal et pompier volontaire, a vu une autre forme de coopération prendre de l’ampleur : « Quand j’ai commencé à être pompier volontaire, nous étions 3 au sein d’ArcelorMittal, aujourd’hui, nous sommes 17 sapeurs-pompiers sur le site. » En cas de sinistre important dans les environs, les réserves d’eau de pluie de l’usine pourront aussi être mises à disposition des secours.  

Le rail, un intérêt commun 

S’il est un domaine où l’alliance entre l’usine et le territoire se voit immédiatement, c’est bien le rail. La gare de Saint-Chély-d’Apcher reste précieuse pour les habitants et les établissements scolaires. « Nous avons des étudiants qui viennent du Gard et de l’Hérault », rappelle Hélène Lasternas. Quelques centaines de mètres plus loin, les rails franchissent directement les portes d’ArcelorMittal. Les bobines d’acier venues principalement de Fos-sur-Mer et de Dunkerque arrivent par train avant d’être transformées sur place. Selon Bernard Légier, ce choix évite environ 10 000 camions par an.  

Cette ligne de l’Aubrac demande pourtant des investissements réguliers pour continuer à vivre. « Sur la ligne ferroviaire, il a fallu que nos élus se battent », souligne Sophie Pantel, députée de Lozère. En 2024, 6,9 millions d’euros ont été engagés pour moderniser la ligne entre Béziers et Neussargues, avec notamment des travaux entre Le Monastier et Saint-Chély-d’Apcher. L’État en a financé un peu plus de la moitié, la Région Occitanie près d’un tiers et SNCF Réseau le solde. D’autres interventions restent nécessaires, notamment sur certains ouvrages de la ligne. 

Pour l’usine, conserver le rail, c’est sécuriser l’arrivée des matières premières et, demain, pouvoir expédier davantage de produits finis. Pour le territoire, c’est maintenir une liaison utile aux habitants, aux lycéens et aux étudiants. « Nous sommes tous liés », résume Bernard Légier. À Saint-Chély-d’Apcher, chacun sait qu’il a besoin de l’autre pour avancer.